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La Côte d’Ivoire réitère son engagement contre l’exploitation des enfants

Euphrasie Yao met en garde les voleurs d’enfance

Euphrasie Yao met en garde les voleurs d’enfance

La Côte d’Ivoire continue de faire la une de l’actualité lorsque la question de la traite des enfants est évoquée. Conscient de cette mauvaise publicité, le Gouvernement ivoirien veut maintenir l’élan de la sensibilisation et de la répression.

Le 21 juin 2016, six enfants de nationalité togolaise dont l’âge varie entre 6 et 16 ans ont été intercepté au poste frontière de Noé (frontière ivoiro-ghanéenne). En compagnie de trafiquants, ces mineurs devaient rallier Abidjan pour servir de petites mains dans plusieurs secteurs d’activité. Des enfants victimes du trafic d’êtres humains mais qui heureusement ne finiront pas entre les mains de leurs « acheteurs ». Ils pourront bientôt regagner leurs familles et c’est la promesse faite par la Ministre de la Promotion de la femme, de la Famille et de la Protection de l’enfant. Euphrasie Yao a rendu visite aux enfants recueillis par le centre Padré Pio dans la commune de Bonoua. Elle était accompagnée par l’Ambassadrice de l’Union Africaine, SEM Mayuma Joséphine, des membres du cabinet de la Première Dame de Côte d’Ivoire et des émissaires du consulat du Togo. Lire la suite

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Le Lycée Mamie Adjoua cultive l’excellence !

Le Mamy Adjoua un centre d'éducation pour les jeunes filles ivoiriennes

Le Mamy Adjoua un centre d’éducation pour les jeunes filles ivoiriennes

A l’issue de la cérémonie officielle des journées portes ouvertes au Lycée Mamie Adjoua de Yamoussoukro, le proviseur, Mme Nomvia Sako Sita, a révélé qu’elle entend instaurer le système de tutorat dans cet établissement d’excellence afin de booster les résultats scolaires qu’elle trouve moyens voire insuffisants, selon les cycles. Aux dires de la première responsable de ce lycée de jeunes filles, l’instauration des journées portes ouvertes qui se tiendront chaque année à la fin du premier trimestre, visent deux objectifs principaux. Il s’agit notamment de rencontrer les parents d’élèves et échanger avec eux sur les résultats scolaires de leurs enfants, d’obtenir une amélioration de résultats à travers les échanges entre enseignants et parents afin de savoir ce qui se fait globalement pour les enfants. « Mais il n’est pas exclu qu’on le fasse une deuxième fois  si d’aventure les résultats ne s’amélioraient pas à la fin du second trimestre », a-t-elle suggéré. « Au premier cycle, les résultats sont bons avec un pourcentage de 80%, à part la classe de 3ème qui est une classe intermédiaire où les élèves, pour on ne sait quelle raison, n’ont pas le niveau. Au second cycle, avec 67%, les résultats sont bons en 2nde et 1ère. Mais en Terminale, nous devons insister, créer des conditions de travail pour qu’aux examens de fin d’année, nous ayons plus de 60% », a indiqué Mme Nomvia Sako. Pour ce faire, elle préconise le système de tutorat. « Nous avons vu des systèmes au cours de plusieurs visites à l’étranger, notamment aux USA. Mais nous comptons appliquer le système de tutorat pour la prise en charge des élèves moins bons. Ainsi, les professeurs en sous-horaires devront utiliser les heures qu’ils nous doivent pour encadrer les élèves faibles. Ce sera pareil pour les élèves excellents qui encadreront leurs camarades de classe qui ont un faible niveau. Les enseignants sont d’ailleurs partants », a expliqué le proviseur. « Dans un établissement d’excellence comme le nôtre, la rigueur doit être de mise », a-t-elle par ailleurs souligné indiquant que sur la discipline et la moralité, il y aura de la rigueur. Le proviseur a prévenu que toutes les élèves qui enfreindront au règlement intérieur qu’elle a d’ailleurs révisé,  pourront se voir exclues. Le proviseur du lycée Mamie Adjoua a annoncé que l’établissement a eu 50 ans le 1er octobre 2012 et que la célébration de ce cinquantenaire se fera en mai 2013, quand les cours seront atténués. Le Lycée Mamie Adjoua de Yamoussoukro pour rappel compte 88 enseignants pour 1.909 élèves. 1.120 son régulièrement inscrit pour le premier cycle et 789 pour le second.

Correspondance particulière

Letagonin 2012 / Huit femmes battantes distinguées pour leur bravoure

Patricia Kalou, promotrice de Letagonin

Revêtue pour la circonstance de couleur rose, la Caisse de stabilisation (Caistab) du Plateau a servi de cadre le samedi 10 mars 2012 au dîner gala marquant la clôture du 3ème Salon international de la femme battante dénommée Letagonin. Par leur charisme, huit (8) femmes ont été distinguées ‘’letagonin’’ c’est-à-dire femmes battantes en langue Gouro. Elles sont issues de différentes sphères d’activités et œuvrent fortement au développement du pays. Ce sont Yasmina Ouégnin Guessend, Ginette Ross la présidente du club de football Issia Wazi, Véronique Aka Bra Kanon, Rosalie Boti (présidente de la coopérative du vivrier du marché Cocovico), Marie Paule Kodjo – directrice de l’Ong Playdoo, Salimata Porquet, Dao Mariam Gabala et Tantie Oussou. Patricia Kalou, directrice de l’agence Première Ligne et commissaire générale dudit salon (qui s’est tenu les 7, 8, 9 et 10 mars) a précisé qu’il s’agit de «femmes battantes» qui ont fait preuve de courage et de bravoure. Elle a surtout adressé sa reconnaissance à la Première Dame de Côte d’Ivoire, Dominique Ouattara pour son soutien et sa volonté de porter haut l’image de la femme. Le ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant du gouvernement sortant, Raymonde Coffie Goudou, a indiqué qu’il fallait faire un bilan de la présence des femmes dans tous les secteurs d’activités. Selon elle, la femme doit faire preuve d’un peu plus de dynamisme pour faire valoir ses compétences mais surtout se faire valoir. Elle a donc encouragé Patricia Kalou pour son initiative qui vise à promouvoir la «femme battante». Les invités de Patricia Kalou ont été gratifiés par un défilé de mode proposé par la styliste Wafa Sarkis. Le moment le plus attendu était la prestation de la diva camerounaise Grace Decca qui a fait monter la température de la salle par sa voix et ses déhanchements. Le bal a ainsi été ouvert dans une ambiance de salsa. Etaient également présents plusieurs artistes dont David Tayorault et Mulukuku Dj.

Il n’y a pas de honte à apprendre et les femmes le savent

Les femmes sont les plus nombreuses dans les centres d’alphabétisation

Les femmes sont les plus nombreuses dans les centres d’alphabétisation

Il m’a été donné de constater que la plupart des auditeurs des centres d’alphabétisation de la capitale Ivoirienne étaient des femmes. La moyennes d’âge de ces apprenantes était pratiquement de 25 à 30 ans avec par endroit des femmes qui avaient déjà passé la quarantaine ! C’est avec une certaine passion et du respect que je les admirais répéter avec joie des syllabes les unes après les autres comme au cours élémentaire première année. Leur courage m’a permis de me poser une question : contrairement aux hommes pourquoi ont-elles décidé de revenir sur les bancs pour apprendre ? Quel sentiment peut bien pousser une femme malgré son âge avancé à accepter de renouer avec la lecture et l’écriture comme une gamine ? J’ai compris à la fin de mon périple que les femmes ont résolument donné un sens à l’expression il n’y a pas d’âge pour apprendre !

Sortir de l’obscurité à tout prix !

L’ambiance est plutôt bonne enfant dans ce centre d’alphabétisation de la coordination de Yopougon I (Abidjan). Dans cette salle de classe d’un autre style la plus jeune apprenante à 17 ans et la plus âgées en a 67 ! C’est vers cette dernière que nous nous tournons en premier : elle est commerçante et mère de huit enfants. Malgré ses charges professionnelles et ménagères elle trouve le temps chaque soir de venir apprendre à lire et écrire. « J’étais très dépendant des autres pour tout ce qui nécessitait la lecture ou l’écriture. Pour remplir un document administratif il fallait que je paye quelqu’un : 100 ou 200 f CFA. C’était difficile parce que vous n’avez plus aucun secret. Aujourd’hui je sais lire, écrire mon nom, remplir certains documents administratifs…Je ne le fais pas encore comme ceux qui ont eu la chance d’aller très jeune à l’école mais je me débrouille assez bien » nous dit Kouassi Claudine tout sourire. La mère de famille pour joindre l’acte à la parole se propose de nous faire une lecture. La voix de la femme âgée se métamorphose comme celle d’une petite en classe de CP. Le rythme de la lecture est lent et Kouassi Claudine suis du doigt chaque mot de son livre qu’elle prononce. Comme elle Patricia qui est aussi une commerçante a décidé de venir apprendre à lire et à parle correctement le français à la suite de nombreuses bourdes lexicales qui lui ont valu des moqueries inoubliable. « J’étais souvent ridicule quand je parlais avec des amies : je faisais trop de fautes. Un jour lors d’une discussion très sérieuse je me suis amusez à dire ‘’mettre de l’eau dans son verre’’ au lien de ‘’mettre de l’eau dans son vin’’ ! Chaque fois que quelqu’un prononçait cet expression je n’attendais que ‘’mettre de l’eau dans son verre’’.  Une camarade qui avait fait l’école s’est terriblement moquée de moi. La nuit dans le secret de ma chambre je me suis jurée que plus personne ne se moquerait de moi à cause de mon niveau de langue ». Patricia retrouve le centre d’alphabétisation avec la rage d’apprendre et cette ambition de combler son retard l’encourage à apprendre plus vite. Pour Akissi Pauline l’obscurité dans laquelle elle vivait devenait insupportable. Elle évitait même de parler en public de peur d’être ridicule. « J’avais peur de parler aux gens car chaque fois que faisais une faute autour de moi il n’y avait que des rires ! En Côte d’Ivoire quand vous faites une erreur en parlant votre entourage se moque de vous pendant plusieurs jours. Même quand un homme m’aimait je le fuyais ou je me montrais désagréable envers lui pour ne pas qu’il se rende compte que je suis une analphabète ! Tout ça c’est du passé » nous dit fièrement Pauline avant de conclure « celles qui hier se moquaient de moi sont admiratifs devant mes progrès et je n’ai plus honte ».

Apprendre ça change la vie !

Dans un centre d’alphabétisation les méthodes utilisées pour l’apprentissage à la lecture et à l’écriture sont différentes de celles du cursus classiques. Il s’agit essentiellement de symboles bien adaptés aux réalités Ivoiriennes. Il y a au total neuf (9) symboles propres aux centres d’alphabétisation et c’est Madame Koffi le chef d’antenne de la coordination d’alphabétisation de Yopougon 1 qui nous fait découvrir l’univers de ces symboles. « Nous avons le pilon débout [ǀ], le pilon penché à droite [/], le pilon penché à gauche [\], le pilon couché [_], les citrons [O], la calebasse ouverte à droite [Ɔ], la calebasse ouverte à gauche [C], la calebasse posée [U] et la calebasse renversée [∩] ». Il y a de véritables avantages à savoir lire et écrire. Quelque soit l’âge, les moniteurs des centres d’alphabétisation ne cessent d’inviter les Ivoiriens à apprendre pour sortir de l’obscurité. Ne pas savoir lire et écrire c’est comme si vous étiez dans le monde mais à l’écart de ce monde : tout est symboles et signes étranges sur des façades, des bouts de papier et dans des gros livres qui n’ont pas de sens. Dodo Mélanie est une autre coordinatrice en alphabétisation et c’est elle qui nous montre de quelle manière les apprenantes des centres arrivent à changer radicalement dans leur vie une fois qu’elles savent lire et écrire. « Lorsque les apprenants arrivent au début de la campagne d’alphabétisation* ils ne savent même pas former une seule lettre mais à la fin c’est un miracle ! Ils savent lire et écrire mais au-delà leurs activités génératrices de revenus changent radicalement au plan organisationnel. Les commerçantes savent désormais faire la différence entre le capital et le bénéfice. Ceux qu’on devaient accompagner partout deviennent autonomes et plus respectés ».

« Il n’y pas de honte à apprendre quelque soit son âge » voici le message que les apprenantes du centre d’alphabétisation m’ont laissé et qu’elles laissent à toutes les personnes qui hésitent à retourner sur les bancs d’une salle de classe !

SUY Kahofi

*la campagne d’alphabétisation est l’équivalent de l’année scolaire

La série ‘’C’’ n’est pas un dépotoir pour femmes incapables

« Quand on n’aime pas quelque chose on ne le fait pas ! »

En Côte d’Ivoire quand une jeune fille n’a pas pu réussir à l’école ces parents la prédestinent le plus souvent pour la coiffure ou la couture. Il n’est donc pas surprenant de voir dans cet univers passionnées et filles obligées par la famille se côtoyer avec des moments de tension.

Professions dévalorisées ?

« En classe de 3ème à la suite d’une grossesse contractée en pleine année scolaire mes parents m’ont obligé à faire le difficile choix entre garder l’enfant et arrêter les cours ou m’en ‘’débarrasser’’ et continuer. Adolescente je considérais cet enfant comme le fruit d’un Grand amour. J’ai gardé l’enfant et pour me prendre en charge mes parents m’ont trouvé un atelier où j’ai appris la couture sur le tas ». Comme Nikèse de nombreuses jeunes filles qui sont aujourd’hui accoudées à leurs machines à coudre dans les ateliers sont des filles venues à la couture par nécessité. Les difficultés de la vie et les erreurs de jeunesses pour certaines les ont obligés à se rabattre sur ce métier. On pourrait dire que c’est au fil du temps que l’amour de confectionner des habits est arrivé. A analyser de prêt la couture comme la coiffure sont des professions comme les autres et il n’y a aucune honte à les pratiquer puisse qu’elles rapportent de l’argent. En Côte d’Ivoire malheureusement, ces professions passent pour être le point chute des femmes incapables. Cette mentalité est tellement ancrée dans la mémoire collective que le célèbre groupe de zouglou ivoirien Espoir 2000 en a fait un hymne. Dans cette chanson très appréciée dans les maquis, la femme ivoirienne dépeinte comme un être vivant au crochet des hommes et ne sachant rien faire de ces dix doigts est bonne pour la coiffure et la couture. C’est d’ailleurs a ce groupe qu’on doit l’expression série C ! Pour la catégorie des couturières et coiffeuses venues à ces métiers par amour c’est le comble de l’injure. « Quand une jeune fille se prostitue les hommes sont les premiers à se plaindre. La société la rejette et elle devient le contre exemple parfait pour sa communauté. Si cette même s’adonne à la coiffure ou à la couture on trouve encore que c’est parce qu’elle ne veut rien faire qu’elle choisit ces métiers. Alors dite-moi à quoi se prédestine une femme ? A la cuisine ? A faire des enfants ? » s’interroge Kouassi Antoinette la coiffeuse du marché de Treichville fière de 12 ans d’ancienneté. En plus des préjugés liés à la coiffure et la couture, Antoinette est convaincue que si ces métiers ne sont pas respecté c’est aussi en parti la faute de celles qui les pratiquent. « Quand dans un atelier l’apprenti à le courage de dire à son patron ou sa patronne ‘’c’est parce que je n’ai pas pu poursuivre mes études que je suis ici’’ ! Entendre une petite fille vous dire ça c’est difficile à supporter surtout quand vous êtes à la coiffure par amour ».

Revaloriser la coiffure et la couture

Plaikaissi Jether est élève Centre de Formation Michelle Yakice d’Abidjan, une école de couture officiellement reconnue par les autorités Ivoiriennes. Depuis sa tendre enfance elle rêvait d’habiller les mannequins sur le T. Elle ne vit que pour la couture et de ces premières poupées qu’elle habillait toute petite à ce jour c’est son rêve qui se concrétise chaque jour. A voir le sérieux des cours de son école et sa manière d’accorder de l’importance à tout ce qui touche à la mode, on comprend qu’elle veut montrer à tous ceux qui minimise la couture qu’ils ont tord. « La couture est un métier noble et je refuse que certains pensent que se sont les ratés qui y viennent ! Dites moi si dans ce pays les grands couturiers ont quelque chose à envier aux autres chefs d’entreprises ? » me demande Jether. Elle a bien raison de me poser cette question car c’est sûr que le carnet d’adresse d’Alphadi, Pathéo, Nicole Bouabré, Ciss Saint Moïse et les autres grands couturiers d’Abidjan sont tout aussi fournis que celui de n’importe quel autre homme d’affaire. Leurs noms sont devenus de véritables marques déposées et des sésames dans le pays. Quand on décide de faire la coiffure et de la couture pour s’en sortir et surtout par amour, on est récompensé et c’est ce que soutien Gilles Touré, couturier de renom Ivoirien. « Il faut arrêter de penser qu’on vient aux métiers de la mode par nécessité et pour cela il faut que les mentalités changent en commençant par les parents qui doivent faire l’effort de demander à leurs filles ce qu’elles veulent faire au lieu de les contraindre à accepter un métier qu’elles n’aiment pas ». Il faut donc revaloriser les métiers de la mode mais comment le faire pour que les femmes qui les pratiquent ne soit pas mal vu ; N’dri Benjamin, chef d’atelier dans un magasin de confection pense avoir des pistes de solution. « Aujourd’hui quand vous prenez les chambres d’artisanat et même de commerce, les coiffeuses et les couturières occupent une place importante. Aussi pour aider nos sœurs qui sont des piliers de la société, il faut des fonds d’aide et de promotion pour les femmes. Elles doivent avoir les moyens d’équiper leurs salons et leurs ateliers. A côté de cela penser à vraiment accompagner les centres de formation en acceptant les diplômes d’Etat. A ce jour en Côte d’Ivoire, seul le CAP couture est officiellement reconnu or nous avons des patrons qui ont des centres capables de former au BTS ».

SUY Kahofi

Mes jus : mon entreprise !

Sous le soleil elles gagnent leurs vie en désaltérant les passants !

Elles ont entre 25 et 55 ans et elles partagent une même activité : la commercialisation des jus en sachet. Jus de bissap, de gingembre, d’orange, de lait à la menthe et j’en passe…il y a en a de tous les goûts et de toute les saveurs pour attirer les clients. Grâce à leur commerce, elles nourrissent leurs familles respectives et réalisent leurs projets. N’dri Marceline vient de souffler ses 28 bougies et cela fait 4 ans qu’elle vit de la vente de jus. Elle a démarré son activité avec la somme de 5000 f CFA. « J’ai abandonné l’école à cause d’une grossesse que j’ai contractée en classe de première. Mon père n’était plus prêt à me scolariser. J’ai donc choisi de vendre des jus ! Mon fond de commerce vient de ma mère » souligne t’elle. Grâce à ce commerce dans les rues d’Abidjan elle a pu réunir l’argent pour financer des cours du soir et passer son BAC. Malgré le fait qu’elle sera bientôt institutrice adjointe dans un village de la Côte d’Ivoire, elle n’attend pas arrêter cette activité. « A mes débuts je vendais seul mais aujourd’hui j’ai avec moi 4 jeunes filles. Elles m’aident à préparer les jus et à les vendre : c’est donc une PME que j’ai. Si j’arrête ces jeunes filles se retrouveront sans emploi ».

A l’image de Marceline, Mme Kouamé Brigitte vend des jus en sachet sur les marchés d’Abidjan. « Lorsque je me suis marié je n’exerçais aucune activité car mon homme est allé me chercher au village où j’aidais mes parents dans les travaux champêtres. A Abidjan j’ai vu que les femmes (pour certaines) ne se tordaient pas le pouce en longueur de journée mais avaient des activités. J’ai voulu faire un magasin de vente de pagne mais au dernier moment j’ai opté pour les jus ». Au début son mari a eu du mal à la comprendre mais aujourd’hui il sait que sa femme a réussit son pari. Mme Kouamé possède cinq congélateurs qui sont entreposé dans une grande salle. Au fil de la journée des jeunes gens à vélo viennent remplir leurs glacières et retournent dans les rues de la capitale. Le secret de leur réussite, ces deux Dames le doivent à leur persévérance et l’amour de ce commerce. « Souvent lorsque vous regardez vos bénéfices vous avez envie de tout arrêter tellement les chiffres sont insignifiants mais à ce moment vous devez vous dire qu’il faut persévérer » affirme Marceline. Les petites astuces pour faire les bons jus diffèrent d’une femme à l’autre mais la propreté et l’hygiène des ustensiles dans la préparation et le conditionnement des jus est très important. Mme Kouamé nous dira tout simplement que la meilleure manière de réussir dans ce milieu c’est de faire des jus pour la vente comme si on le faisait pour nous même.

SUY Kahofi

Le calvaire des petites servantes d’Abidjan

De nombreuses agences de placement poussent à Abidjan

Elles sont les ‘’aides de camp’’ des femmes au foyer trop absorbées par leurs activités professionnelles pour s’occuper de certaines tâches ménagères. Elles, se sont les petites servantes d’Abidjan, les nounous, les bonnes comme certains continuent de les appeler. Nous les avons rencontrés et leur existence n’est pas du tout rose !

Filles exploitées à tous les niveaux

Dans un super-marché d’Abidjan la capitale Ivoirienne on peut lire cette petite annonce : ‘’jeune fille sérieuse, sachant faire la cuisine et gentille chercher un emploi de garde d’enfant ou servante. Contactez l’agence au 09…….’’. Ce type d’annonce qui sont souvent visibles à tous les coins de rue d’Abidjan sont placardées par des agences de placement de personnel de maison. C’est généralement à ces agences que les filles désœuvrées s’adressent en vu de trouver un boulot chez les familles aisées de la ville. Malheureusement c’est à partir de la prise de contact avec l’agence que les problèmes commencent. Souvent illettrées et de milieux défavorisés, elles apposent sans le savoir une croix ou un semblant de signature sur des documents qui font d’elles de véritables esclaves. Pour un salaire qui excède rarement les 50.000 f CFA, l’agence ou les démarcheurs percevront entre 25 et 35 % chaque mois. La jeune fille travaille finalement pour 25.000 à 35.000 pour 30 jours ! Une fois l’employeur trouvé les problèmes ne s’arrêtent pas et Mélanie, une servante à Cocody Sainte-Marie nous en parle dans un français bricolé pour la circonstance. « Vraiment travail de servante, si tu n’es pas courageuse tu ne peux pas faire ça ! Tu peux tomber sur n’importe qui : des personnes qui sont gentilles, d’autres méchantes. Tu travailles de 4 h 30 jusqu’à ce que tout le monde dorme et ce n’est pas tout il y d’autres problèmes ». A ce niveau de notre échange c’est Blandine Koffi qui une garde-bébé qui témoigne. « Si tu es un peu joli c’est fini ! Si ce n’est pas le patron qui met sa main dans ton soutien-gorge et tape tes fesses du matin au soir, se sont ses enfants qui veulent faire ‘’chat noir’’ sur toi la nuit ! » Le mot est lâché la pratique du ‘’chat noir’’ ou le harcèlement sexuel à haute intensité des nounous. Notre micro tendu vers les populations et nous nous rendons compte que le phénomène est bien connu. « Le chat noir désigne le mari ou les enfants de la maison qui la nuit tombée rampe pour tenter d’abuser des filles de ménage une fois la maitresse de maison endormie. Si elle ne cède pas, se sont les menaces ou le renvoi » nous explique Kablan un démarcheur. Malheur pour la jeune fille si à tord ou à raison la maitresse de maison soupçonne une relation entre elle et le mari. La tension s’installe et le plus souvent les jeunes filles sont battues. Savanneh Glwadis qui est aujourd’hui une tranquille vendeuse dans un magasin sait ce que peut être la furie d’une maitresse de maison cocufiée. « Je cherchais un peu d’argent pour payer des cours de formation qualifiante et j’ai commencé à travailler chez une dame. Elle croyait que je couchais avec son mari. D’injures en injures elle est arrivée à me percer la tête avec le talon de sa chaussure ! J’ai souffert longtemps de problème à la tête : le monsieur a présenté des excuses à ma famille et m’a soigné mais jusqu’à ce jour sa femme est convaincue que j’avais une relation avec son homme ».

« Nous sommes aussi des hommes »

Violentées, affamées, jalousées par leurs employées, les servantes doivent se battre souvent pour manger et toucher leurs salaires à la fin du mois. Cocody, Yopougon, Port-Bouët… à chaque quartier ses réalités, à chaque fille son histoire mais dans l’ensemble on retiendra que des traitements inhumains sont souvent réservés aux jeunes filles. Bien sûr certaines d’entre elles s’illustrent négativement en commettant des peccadilles qui obligent les employés à retenir leurs salaires. Les autorités Ivoiriennes et les ONG conscientes des difficultés que vivent ces filles ont sommé les agences d’observer certaines règles. Il est désormais interdit aux agences et aux employeurs de faire travailler des mineurs et d’appliquer des sévices corporels aux jeunes filles. En cas de violation de ces principes elles peuvent porter plainte. Encore faut-il que les autorités policières leurs reconnaissent des droits dans la mesure où elles partent défavorisées face à leurs ‘’bourreaux’’ ! Ce combat pour la reconnaissance des droits des servantes est à mettre à l’actif de l’AIDF (Association Ivoirienne pour les Droits de la femme) de Dame Constance Yahi. L’AIDF continue la sensibilisation à tous les niveaux pour que les filles de ménage soient traitées comme des êtres humains et non comme des esclaves. « Je crois qu’il est très dangereux de maltraiter ces filles car elles tiennent la vie de toute la famille entre leurs mains » affirme Kouassi Hugues assistant social. « Elles font la cuisine pour toute la maison, elles gardent nos enfants et les accompagnent à l’école…Imaginez vous si elles sont habitées par le désire de se venger à la suite d’un mauvais traitement : il suffit d’une substance nocif dans une seule sauce et c’est le malheur ! » nous explique Kouassi Hugues. Pour l’assistant social, la meilleure manière de faire de ces filles des personnes vraiment utiles c’est de les traiter dignement. « Chaque fille qui nait dans une famille est appelée à devenir demain quelqu’un au service d’une famille ou même d’une entreprise. A ce titre chaque femme est quelque part une servante potentielle. Alors faites à la fille d’autrui ce que vous voulez pour votre propre fille » conclu-t-il.

SUY Kahofi

Ces femmes qui apprennent ‘’des métiers d’homme’’

Rivaliser avec les hommes sur tous les plans

L’enseignement technique et la formation professionnelle sont des branches de l’éducation qui donnent l’opportunité à tout apprenant de pouvoir s’insérer plus rapidement dans l’univers du travail une fois sa formation achevée. La théorie ne représente que ¼ du temps de cours et la pratique fait l’essentiel du programme. Les diplômes sont bien différents du système de l’enseignement général : ici on parle surtout de Certificat et de Brevet. Les métiers de la liste de ce système d’enseignement sont multiples : elle part des filières bureautiques (secrétariat, comptabilité) aux métiers du bois, de la construction, de la soudure, de l’électricité pour ne citer que ceux là. Si certaines filières ont été féminisées par l’opinion publique, il n’en demeure pas moins que celles qui semblent être réservées aux hommes sont de plus en plus envahies par les femmes. Pour découvrir ces femmes qui apprennent des métiers d’homme, nous avons fait le tour des Lycées d’enseignement technique pour les voir à l’œuvre. L’exemple précis de l’une d’entre elle nous a permis de mettre en lumière les difficultés qu’elles vivent.

Tournevis et boulons en mains Yah Lydie achève la réparation d’un ventilateur dans l’atelier dont elle est la responsable. Cette maman de 30 ans est titulaire d’un BT en électromécanique qu’elle a obtenu au Lycée Technique de Jacqueville dans le sud de la Côte d’Ivoire. Elle livre ici sont témoignage. « Lorsque j’étais en classe de Première, j’ai décidé de quitter l’enseignement général pour une filière technique. Je ne voulais pas être comptable, aide soignante ou secrétaire. Je voulais faire quelque chose qui me distingue nettement des autres amies. J’ai choisi d’être électromécanicienne. J’aime ce travail et l’apprendre est une chose passionnante. Lorsque j’arrivais dans l’enseignement technique, il n’y avait pas beaucoup de femmes dans les filières mécaniques. Mais aujourd’hui elles viennent. Ici on ne nous considère pas comme des femmes. Nos formateurs nous disent ceci : l’enseignement technique est unisexe, les femmes sont des hommes. Je me rends compte que c’est vrai. En ateliers je manœuvre ma lourde meule toute seule. La galanterie n’existe pas ici ! Les femmes aussi souffrent énormément. Elles sont victimes de harcèlement : elles ne sont pas aussi nombreuses dans les centres et certains professeurs veulent tout de suite coucher avec elles. Certains te proposent des notes, si tu refuses ils tombent dans les menaces et tu finis par être l’ennemi de tout le corps professoral, solidarité du corps oblige. Le plus important je le dis aux autres filles c’est de savoir pourquoi tu viens apprendre ce métier. Ici une fille s’impose, ou elle se fait marcher dessus. Rien n’est impossible et j’invite mes sœurs à nous rejoindre pour montrer aux hommes que nous aussi nous pouvons rivaliser avec eux sur tous les plans ».

SUY Kahofi