Les femmes préparent déjà les élections locales

Docteur Marie Paule Kodjo, coordinatrice générale de la COFEMCI-REPC

Docteur Marie Paule Kodjo, coordinatrice générale de la COFEMCI-REPC

Le cycle de l’élection présidentielle vient de s’achever avec la prestation de serment du président Alassane Ouattara. Les acteurs politiques lorgnent déjà sur les prochaines élections locales et les femmes entendent une fois de plus y prendre part.

Les élections locales auront bientôt lieu en Côte d’Ivoire. Celles-ci débutent par les législatives pour le contrôle de l’Assemblée Nationale, lieu où se prennent les lois qui orientent la vie de la Nation Ivoirienne. Pour les femmes, ces élections ne représentent pas seulement une lutte de chapelles politiques. Les législatives sont importantes en ce sens qu’elles offrent aux femmes une opportunité unique de siéger au Parlement en vue de faire avancer leur cause. Pour de nombreuses ONG de promotion de la gent féminine, la sous représentativité des femmes dans les instances de prise de décision est l’un des facteurs qui freine l’application de plusieurs conventions ratifiés par la Côte d’Ivoire. Ces conventions qui garantissent aux femmes et aux jeunes filles des droits fondamentaux attendent toujours leur décret d’application. Sans une présence effective des femmes à l’Assemblée Nationale, il serait bien difficile que certains projets de loi puissent être adoptés. C’est le cas de la loi sur la parité tant réclamé par les femmes ivoiriennes et qui tarde à se matérialiser. Les femmes ivoiriennes veulent la parité dans les instances de prise de décision car aujourd’hui elles sont oubliées des décideurs et les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Au niveau du gouvernement, sur un total de 37 ministres (membres du gouvernement et ministres de la présidence compris), on ne dénombre que cinq (5) femmes, soit 17, 24%. A l’Assemblée Nationale, sur les 249 députés qui y siègent, seules 26 sont des femmes, soit 5,6%. Par ailleurs, il n’y a que neuf (9) femmes maires sur les 197 que compte la Côte d’Ivoire, soit 4,56%. Ces chiffres montrent bel et bien une inégale répartition des postes sur la base du genre. Or les femmes sont les premières à se mobiliser lors des différents cycles électoraux ces 20 dernières années. Pour le professeur Biaka Zasséli, doyen de l’UFR des Sciences de l’homme et de la société (SHS) à l’université d’Abidjan-Cocody, il n’y a qu’une seule explication à cette situation. L’universitaire estime que « si le développement repose sur les épaules de la femme, sa valeur reste malheureusement encore largement ignorée » en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. Pour inverser cette tendance qui consiste à oublier les femmes lors de la répartition des postes dans les instances de prise de décision, il est important qu’elles puissent mener le combat au plan politique.

S’imposer face aux discriminations

Il est clair que même au sommet de l’Etat, les discriminations à l’endroit des femmes ont la peau dure. Pourtant la Côte d’Ivoire a ratifié la plupart des textes internationaux destinés à lutter contre les discriminations à l’égard des femmes. Le pays est partie prenante de différents instruments juridiques internationaux et régionaux comme la résolution 1325 des Nations Unies, la Convention pour l’élimination de toutes formes de violences à l’égard des femmes sans oublier le protocole de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes. « Si les femmes se rendent compte que les choses n’avancent pas dans un système largement dominé par les hommes, il est grand temps qu’elles s’engagent pour booster ce changement qu’elles appellent de tous leurs vœux » affirme convaincu Doumbia Fanta, la présidente de l’OFACI (Organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire).

Le combat de l’OFACI pour corriger le déséquilibre qui existe entre les hommes et les femmes repose sur une logique toute simple. Les femmes doivent continuer de mener le plaidoyer afin d’obtenir des gouvernants un seuil de représentativité acceptable à travers des réformes institutionnelles. Pendant ce temps, elles doivent faire leur entrée sans complexe dans l’arène politique pour rivaliser avec les hommes. S’engager en politique n’est pas une mince affaire ! Mais pour Rachel Gogoua, si les femmes veulent s’engager, elles peuvent s’engager. La porte-parole du Groupe des organisations féminines ivoiriennes œuvrant pour l’égalité entre hommes et femmes à tous les niveaux, fait remarquer que les femmes dans les partis politiques aiment bien trop souvent se confiner aux tâches secondaires. Les femmes ne sont pas en politique pour s’occuper de la restauration lors des meetings mais plutôt pour briguer des postes comme leurs frères, leurs conjoints ou leurs époux. Si elles manifestent le désir de se présenter à une élection locale et qu’elles n’ont aucun soutien, les femmes doivent garder à l’esprit qu’elles pourront toujours compter sur les OSC féminines.


2016, année de la parité ?

La Constitution Ivoirienne consacre l’égalité homme – femme dans toutes les sphères de la société. Cependant, cette réalité n’est pas visible sur le terrain. Les femmes ont espéré un quota de 30% dans les instances de prise de décision. Malgré leur plaidoyer, elles n’ont jamais atteint ce pourcentage ! Pour Docteur Marie Paule Kodjo il faut une réelle volonté politique pour que ce quota soit atteint et même dépassé pour tendre vers la parité. La coordinatrice générale de la COFEMCI-REPC (Coordination des femmes de Côte d’Ivoire pour les élections et la reconstruction post-crise) indique que le Président Alassane Ouattara « doit prendre très au sérieux cette requête des femmes ». « Regardez autour de nous : la parité est déjà consacrée au Burkina Faso, au Sénégal et au Niger. Notre pays est à la traine or ce ne sont pas les compétences qui manquent. Les femmes ivoiriennes ont même un compendium sur lequel le Président peut s’appuyer pour faire des nominations » nous explique Docteur Marie Paule Kodjo. Le plaidoyer continue donc d’être mené mais les femmes ivoiriennes estiment qu’il est grand temps qu’un décret consacre pour de bon la parité !

Cette parité doit pouvoir se faire sentir sur les listes pour les prochaines législatives, municipales et régionales. Entre temps, les femmes sont en ordre de bataille pour une meilleure représentativité à l’Assemblée Nationale. La mobilisation se fait à tous les niveaux en commençant par la formation. Le CEFCI (Centre féminin pour la démocratie et les droits humains en Côte d’Ivoire), entend reconduire son « projet d’appui à l’implication et à la participation des femmes et des jeunes au processus électoral« . Julie Koné, la présidente du CEFCI indique qu’avec de nouveaux partenaires, le centre entend rééditer le Cahier de la femme candidate et former les femmes au leadership, à la maitrise du discours politique, à la prise de parole en public sans oublier la rédaction d’un projet de société. La formation des candidates aux élections locales sera aussi au cœur des programmes de la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté. Sophie Konaté, le chargé de programme de la fondation le confirme. Dans le cadre de la présidentielle, les femmes des partis politiques ont été formé au leadership politique libéral et ce programme va se poursuivre durant ce mois de novembre. Cette deuxième phase de la formation sera une étape de renforcement des capacités pour rendre les femmes plus compétitives lors des primaires dans leurs différents partis. Pour la COFEMCI-REPC, en plus de la formation, l’accent sera mis sur la sensibilisation pour une meilleure présence des femmes sur les listes des partis politiques. « Les hommes ne sont pas prêt à faire confiance aux femmes. Ils nous disent que lorsqu’ils cherchent des femmes pour les positionner sur les listes il n’en trouve pas. Nous à la COFEMCI-REPC nous leur disons ceci : si vous ne trouvez pas des femmes venez nous voir, nous allons en trouver pour vos partis et de très compétentes » martèle Docteur Marie Paule Kodjo. Bien sûr, la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI), la plus grande faitière des OSC en Côte d’Ivoire ne sera pas en retrait de cette vaste opération de mobilisation des femmes pour des élections locales inclusives. Sa Commission chargé du genre va aussi encourager et initier des programmes de formation pour une meilleure conquête de l’électorat par les candidates. La CSCI estime que les femmes ne doivent plus servir à applaudir les hommes. Elles ont les mêmes capacités que les hommes et peuvent donc servir à tous les postes de responsabilité.

Les OSC féminines sont donc prêtes à accompagner les candidates au niveau de la formation et du renforcement des capacités politiques. L’autre obstacle et non des moindres est la mobilisation des moyens financiers et matériels pour une campagne réussit. Sur ce point, les OSC féminines ont salué l’appui du président Alassane Ouattara aux différentes candidates lors des dernières législatives. Une enveloppe d’un (1) million de f CFA a été remis à chacune des candidates soit une cagnotte de 105 millions au total. Les femmes veulent voir cet appui financier maintenu et même revu à la hausse. En effet, les femmes qui affichent une volonté de s’engager en politique notamment sous une bannière indépendante n’ont pas souvent les moyens. Ce type d’appui financier est certes bénéfique pour les candidates, pour la promotion du genre mais surtout pour le mouvement de démocratisation de la Côte d’Ivoire.

Suy Kahofi

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À propos de Rédacteurs nousfemmes

Nousfemmes est un blog crée par SUY Kahofi, correspondant de presse et blogueur ivoirien. L'équipe de rédaction s'étoffe avec l'arrivée du journaliste d'Anderson Diédri, journaliste d'investigation.

Publié le novembre 18, 2015, dans FEMME ET SOCIETE, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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