Ce que les femmes attendent du scrutin et de leur futur président

Les femmes appellent à des élections apaisées…

Les femmes appellent à des élections apaisées…

Loin du débat sur l’interprétation de la constitution, de l’éligibilité ou du financement des partis politiques, les femmes ivoiriennes ont un tout autre regard sur le processus électoral. Le vœu qu’elles caressent est simplement de voir la Côte d’Ivoire s’engager sur le chemin de la paix et de la stabilité après le 25 octobre 2015.

Sur les marchés, dans les gares routières, au sein des services publiques et au cœur des différentes administrations, les femmes ivoiriennes participent activement au développement socio-économique du pays. Elles prennent aussi une part importante dans le mouvement de démocratisation du pays depuis le droit de vote obtenu en 1952 en passant par leur marche historique sur la prison de Grand Bassam. Cet engagement politique ne s’est pas effrité avec le temps. Bien au contraire il se matérialise aujourd’hui avec l’engagement de deux (2) femmes dans la course à la présidentielle. Une première qui selon Doumbia Fanta « est le symbole que les femmes osent de plus en plus en politique ». La présidente de l’OFACI (Organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire) tient à rappeler qu’il a fallu attendre 50 ans après l’indépendance de la Côte d’Ivoire pour voir une femme déposer son dossier de candidature à la présidentielle. Il s’agit de l’ancienne ministre de la justice Jacqueline Lohoues Oble qui en 2010 est venue rivaliser avec des barrons politiques comme Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara ou encore Henri Konan Bédié. Elle est aujourd’hui suivie par Henriette Lagou et Kouangoua Jacqueline Claire. Bien qu’elles se soient engagées tardivement dans la course à la présidentielle (en tant que candidates), les femmes ivoiriennes sont particulièrement engagées dans chaque processus électoral. Pour rappel, elles ont été les premières et les plus nombreuses à s’inscrire en 2010 sur les listes électorales. « Malheureusement les hommes nous ont conduit à une crise meurtrière là où ils nous avaient promis la fin de 10 ans de crise » se désole Nianmien Antoinette une enseignante. L’image d’un pays à feu et à sang est également celle que retient Aïssata Bamba. La jeune commerçante de vivrier estime que les hommes n’ont pas eu le courage de ramener la paix à la Côte d’Ivoire et même lorsqu’ils avaient suscité la guerre, se sont encore les femmes qui ont payé le plus lourd tribut. « Avant la crise de nombreuses femmes prenaient soin de leurs familles. Certaines étaient toutes seules à courir de gauche à droite pour la scolarité des enfants parce que leurs maris n’étaient plus là. Durant la crise, elles ont tout perdu…certaines ont même été tuées ! Et durant la crise, pendant que nos fils se battaient dans les rues à cause des politiciens, nos maris étaient cachés » souligne la commerçante avec un brin d’ironie. Les fonds qui finançaient les petites activités génératrices de revenus (AGR) ont été réinvestis dans la nourriture. Les hommes cachés, les femmes devaient sortir sous les balles et enjamber les corps pour trouver de quoi nourrir les familles. C’est bien ces images très peu reluisantes de la Côte d’Ivoire que les femmes ivoiriennes refusent d’accepter de nouveau.

Le vœu d’élections apaisées

« Il faut que ce scrutin soit apaisée » plaide Hélène Gnionsahe coordinatrice de la CSCI, la Convention de la société civile ivoirienne avant de lancer un appel à chaque acteur. « Aux hommes politiques, parlez à vos militants : une élection n’est pas une guerre ! On peut la gagner comme la perdre : il faut savoir accepter le verdict des urnes. Que le vainqueur en 2015 ait du respect pour les vaincus et que les vaincus acceptent le verdict des urnes » demande Hélène Gnionsahe. Aux jeunes, elle leur demande « de quitter la rue et d’abandonner la violence » car ils ont intérêt à ce que « la Côte d’Ivoire soit en paix pour qu’ils puissent avoir du travail » et ainsi contribuer au développement du pays. Et qui mieux qu’une mère de famille pour faire accepter ce message ? Namizata Sangaré, le superviseur de la sous/commission droits économiques, sociaux et culturels de la CNDHCI (Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire) reste convaincue qu’il est du devoir des femmes d’interpeler leurs enfants, leurs époux et leurs conjoints. « Les femmes doivent insister auprès des enfants pour qu’ils acceptent de renoncer à la violence et surtout de refuser de se mettre aux ordres de ces politiciens qui les entrainent dans les casses » suggère Namizata Sangaré. C’est seulement en luttant à la base contre les germes de la violence que le processus électoral pourra permettre de choisir le leader qui présidera aux destinées de la Côte d’Ivoire pour les cinq prochaines années. Il le faut car les défis en termes de développement social et économique sont importants.

...pour contribuer au développement du pays

…pour contribuer au développement du pays

Les attentes de la gent féminine

Le défi le plus pressant pour N’da Jacqueline est la réconciliation vraie des ivoiriens. L’infirmière indique que les actes qui ont été posés pour rassembler les ivoiriens n’ont pas tous été porteurs pour ces 5 dernières années. « Une partie importante de la population se sent toujours frustrée, écartée et oubliée » fait-elle remarquer avant d’insister sur le fait que « la relance économique ne suffira pas à la Côte d’Ivoire pour guérir les plaies laissées par 10 ans de crise ». Il faut plus pour rassurer et rassembler les ivoiriens. Ni les procès conduits contre un seul groupe d’ivoiriens encore moins les victimes oubliées de la crise (notamment celles de l’ouest qui ont tout perdu) ne conduiront la Côte d’Ivoire à l’unité. Au-delà de la réconciliation, les femmes ivoiriennes font face à de nombreux problèmes sociaux pour lesquels elles luttent depuis plusieurs années. A chacun des candidats, elles demandent de réelles avancées sur la cause des femmes. La parité tant demandée dans les instances de prise de décision reste une utopie en Côte d’Ivoire. Ni l’Assemblée Nationale, ni le Gouvernement encore moins les autres institutions de la République n’ont décidé de faire avancer les choses. « Nous avons espéré qu’un décret soit pris pour qu’il y ait au moins 50% de femmes députés à l’Assemblée Nationale et même au sein de toutes nos institutions. Mais lorsque j’ai vu la composition du premier Gouvernement post-crise j’ai tout de suite compris que les choses n’allaient pas évoluer » se désole Ange Yao une étudiante. Selon elle, « la parité pourra permettre aux femmes de faire bouger les lignes » au plan social et économique. En effet, les femmes continuent d’avoir un difficile accès aux soins de santé. « On continue de nous rançonner dans les hôpitaux pourtant on nous avait promis la gratuité pour la césarienne et les soins contre le paludisme pour nos enfants en bas âge » souligne Tia Elisabeth une mère de famille. Elle indique que depuis plusieurs jours, les mêmes vieilles promesses pour s’attirer les faveurs de l’électorat féminin ont été dépoussiérées ! Tous les candidats savent bien faire rêver les femmes ivoiriennes note Doumbia Fanta. « Ils promettent tous la parité, une meilleure représentativité des femmes dans les instances de prise de décision, un meilleur accès des femmes au crédit pour financer leurs AGR, des soins de santé de qualité, des emplois à la fonction publique, la lutte contre les inégalités sociales, la modernisation des exploitations agricoles féminines… » égrène la présidente de l’OFACI. Des promesses bien connues des femmes mais qui jamais n’ont été concrétisées. C’est la raison pour laquelle les femmes de Côte d’Ivoire lors de leurs consultations avec les candidats à la présidentielle ont pris le soin de rédiger un livre blanc contenant leurs principales revendications. Chaque acteur politique l’a signé pour s’engager à les réaliser s’il était élu.

Suy Kahofi

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À propos de Rédacteurs nousfemmes

Nousfemmes est un blog crée par SUY Kahofi, correspondant de presse et blogueur ivoirien. L'équipe de rédaction s'étoffe avec l'arrivée du journaliste d'Anderson Diédri, journaliste d'investigation.

Publié le octobre 14, 2015, dans FEMME ET SOCIETE, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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