Mutilations génitales féminines : quand l’excision s’exporte

Les mutilations génitales menacent la vie de nombreuses femmes à travers le monde

Les mutilations génitales menacent la vie de nombreuses femmes à travers le monde

Le monde célèbre ce 6 février la journée internationale contre les mutilations génitales. Une occasion pour découvrir un pan de l’excision tran-frontalière en Côte d’Ivoire.

La Côte d’Ivoire figure parmi les 28 pays dans le monde où l’excision a été identifiée comme un problème de santé publique primaire. On estime à 36% le nombre de femmes excisées. 34% des femmes victimes de cette pratique l’ont été en milieu urbain et 38% en zone rural. Les régions les plus touchées sont l’ouest avec un pic de 73,3% et le nord avec 87,9 %. Exposées sur l’autel de la tradition, de nombreuses ivoiriennes portent à vie les stigmates de l’excision. Pour les plus chanceuses, c’est un quotidien rythmé par les frustrations sexuelles en raison de leur frigidité. Les autres qui ont échappé à une mort certaine lors de la pratique vivent avec des fistules obstétricales, des fausses couches à répétition dues aux infections des trompes sans oublier les difficultés liées à l’accouchement.

L’ablation du clitoris, une pratique qui expose tant de femmes et pour la combattre, la Côte d’Ivoire s’est dotée d’une loi portant interdiction de l’excision sur toute l’étendue du territoire nationale. La loi 98/757 du 23 décembre 1998 prévoit que toute 
atteinte 
à
 l’intégrité
 des organes génitaux
 d’une femme, par
 voie de mutilation
 totale
 ou partielle, excision, désensibilisation ou toute autre pratique est passible d’une 
peine 
d’emprisonnement de 1 à 
5 ans, et 
d’une amende de
 360.000 à 
2 millions de francs CFA. La peine est portée de 5 
à 20 ans d’emprisonnement si la victime meurt des suites de son opération. Les pères, mères et alliés jusqu’au quatrième degré qui ont commandité la mutilation génitale ou qui ne l’ont pas dénoncé ou empêché tombent sous le coup de la loi. Par ailleurs, si la procédure est effectuée par
 un 
médecin, il
 risque 
jusqu’à 5 ans 
d’interdiction de 
pratique professionnelle.

La loi existe mais « son application se heurte aux pesanteurs traditionnelles et aux nouvelles méthodes utilisées par les familles et les exciseuses pour soustraire les petites filles à la vigilance de la communauté et des ONG » nous explique Chantal Ayémou, présidente du RIDDEF (Réseau ivoirien pour la défense des droits de l’enfant et de la femme). Ces méthodes dont parle la présidente du RIDDEF font apparaître la réalité trans-frontalière de la pratique. Les jeunes filles et des fillettes partent de la Côte d’Ivoire vers le Mali, la Guinée et le Burkina Faso pour être excisées lors des vacances scolaires. Une fois excisées certaines sont mariées de façon précoces et ne reviennent plus en Côte d’Ivoire pour continuer l’école. L’autre méthode consiste à organiser des grandes cérémonies d’excision dans un village de part et d’autre de la frontière. Les « promises à la pureté » sont éloignées des regards indiscrets dans la savane pour être excisées. Les matrones, les exciseuses et les parents échappent ainsi aux ONG de défense des droits de la femme et des services de sécurité.

Les autorités en charge de la santé de la femme dans la sous-région ouest africaine étant à pied d’œuvre pour mettre hors d’état de nuire les exciseuses, celles-ci utilisent toutes les stratégies possibles pour passer à travers les mailles du filet. Pour Kaba Yaya Fofana, la directrice de l’égalité et de la promotion du genre (ministère ivoirien de la Famille) « il est temps que les pays ayant des frontières communes collaborent dans la lutte contre l’excision trans-frontalière ». Cela passe par le partage d’information entre les services de sécurité sur les mouvements suspects de jeunes filles et fillettes le long des frontières mais aussi et surtout par le soutien des populations. Les complicités pour tous cas d’excision étant aussi sanctionnées par la loi, Dosso Mafélina, présidente de l’OFACI (Organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire) invite « les populations à dénoncer les parents ou tout groupe de personnes projetant l’excision de jeunes filles ou de fillettes ».

Dénoncer l’excision dans plusieurs régions de la Côte d’Ivoire ou la pratique est fortement ancrée est un crime de lèse-majesté, une révolte contre la tradition, une rébellion contre des pratiques ancestrales. Toute personne ayant alerté les autorités administratives, judiciaires ou policières devient un paria ! Difficile donc de lutter contre le phénomène d’où l’appel de la Société civile à promouvoir le triptyque information, sensibilisation et répression lorsque le besoin se fait sentir. L’Imam Cissé Djiguiba président de la Fondation Djigui (ONG) soutient que la sensibilisation et l’information sur l’excision trans-frontalière permettra à la fois aux matrones et aux exciseuses de « jeter la lame » mais aussi à la communauté de comprendre les dangers d’une telle pratique sur la santé de la femme et de la jeune fille.

Anderson Diédri

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À propos de Rédacteurs nousfemmes

Nousfemmes est un blog crée par SUY Kahofi, correspondant de presse et blogueur ivoirien. L'équipe de rédaction s'étoffe avec l'arrivée du journaliste d'Anderson Diédri, journaliste d'investigation.

Publié le février 6, 2015, dans FEMME ET SOCIETE, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Tr : RE :Re: RE :Re: RE :Re: RE :demande urgent d’aidePersonnes·        moi ·         ·        fév 5 à 8h06AMÀ·        collectiffeministe.contreleviol@wanadoo.fr —– Mail transféré —– De : cfcv À : Tano Kevine Envoyé le : Jeudi 29 janvier 2015 13h27 Objet : RE :Re: RE :Re: RE :Re: RE :demande urgent d’aide Malheureusement nous ne pouvons pas faire cela, notre limite d’interventionest le territoire nationale, nous ne sommes pas une ONG internationale. Notre conseil est sérieusement d’orienter la dame vers l’association citée. Bon courage.

    CFCV——————————————————————– COLLECTIF FEMINISTE CONTRE LE VIOL 9 Villa d’Este 75013 PARIS Tel : 01.45.82.73.00 E.mail : collectiffeministe.contreleviol@wanadoo.fr Organisme de formation n° 11752274575 N° national « Viols-Femmes-Informations » : 0.800.05.95.95 site :  http://www.cfcv.asso.fr   https://www.facebook.com/pages/Collectif-Féministe-Contre-le-Viol/

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