Trop petite pour le maquis…

« Un maquis n’est pas un lieu pour les enfants »

« Un maquis n’est pas un lieu pour les enfants »

En Côte d’Ivoire, les enfants sont toujours exploités en violation des lois nationales. Ils ont souvent même la charge de tâches réservées aux adultes. C’est le cas des filles mineures utilisées comme serveuses dans les maquis d’Abidjan.

De passage dans la capitale économique ivoirienne, faites très attention au petit corps tout frêle qui viendra vous servir votre poisson braisé accompagné d’attiéké dans un maquis. Il s’agit généralement de mineures dont l’âge varie entre 9 et 16 ans. Parmi celles-ci figure Marie-Chantal, une gamine employée comme serveuse dans un maquis de nuit à Yopougon. Ses journées de travail commencent généralement à partir de 15 heures. Elle doit écailler le poisson frais, laver les légumes et veiller à la cuisson des accompagnements.

« Le soir je m’occupe du service. J’apporte aux clients leurs plats de poisson braisé, j’essuie la table après leur départ et je balaie » nous explique la gamine vêtue d’un tee-shirt blanc épuisé par les nombreuses lessives.

Sous prétexte qu’elle serait scolarisée à la capitale, l’une de ses tantes l’a fait venir à Abidjan pour l’introduire dans le circuit des domestiques mineures. En lieu et place des études, de longues veillées marquées par le service, la vaisselle et la musique assourdissante des Discs Jockeys.

« Ma tante ne m’a pas scolarisée finalement ! Elle m’a plutôt remise à une autre femme pour que je puisse l’aider à vendre le poisson » affirme toute triste Marie-Chantal.

Innocentes, sans défense et payées à la misère, ces mineures sont très appréciées dans le milieu de la restauration. La raison est toute simple : les enfants se tuent à la tâche ! Selon Apo Pélagie, une restauratrice de nuit, contrairement aux jeunes filles qui sont majeures, les fillettes n’ont pas de problème et sont assidues.

« Les grandes filles arrivent au boulot en retard, elles ne respectent pas les clients et rouspètent quand je leur demande d’accomplir une tâche. Elles préfèrent afficher leurs atouts aux yeux des clients pour savoir avec qui elles iront passer la nuit. Les petites filles se concentrent sur le travail et j’ai moins de problèmes avec elles. Il est donc plus rentable de travailler avec des petites filles que les grandes » conclut la restauratrice.

Le ballet des fillettes serveuses de maquis n’échappe aux clients. Kouamé Hyppolite est père de famille et il pense que la place de ces petites filles n’est pas au maquis et surtout à des heures tardives.

« Bien sûr quand elle dépose votre plat sur la table vous vous posez des questions. D’où vient-elle ? Pourquoi le maquis et non l’école ? Qui l’exploite au-delà de cette restauratrice ? Que font les autorités et la police des mineurs pour les protéger ? » s’interroge le cadre administratif.

Ces interrogations tentées d’inquiétudes sont fondées. En effet, faire travailler des enfants de nuit dans une capitale en situation post-crise marquée par la violence est un véritable risque. Et cela se confirme à travers le témoignage de celle que nous appellerons Alice. A 12 ans, elle a été témoin du viol de sa camarade.

« La patronne lui a demandé de porter le poisson à un client de l’autre côté de la route. 15 minutes plus tard on ne l’a voyait pas. Un passant est alors venu nous dire qu’une petite fille était couchée sous un hangar et pleurait ».

La petite fille était bien l’amie d’Alice : violée et abandonnée par le prétendu client. Alice s’est jurée de ne plus travailler la nuit, après le traumatisme de ce viol.

Lutter contre le travail des enfants et surtout des mineures exploitées comme serveuses de nuit devient une priorité pour les autorités ivoiriennes car le phénomène éloigne les enfants de l’école et les expose aux vices et dangers de la nuit. Fanta Coulibaly, chargée de la protection des enfants au ministère de la famille, de la femme et de l’enfant, prend le problème très au sérieux. L’action de son équipe consistera à mener une campagne de sensibilisation auprès des restauratrices et tenancières de maquis afin que cesse l’exploitation de filles mineures comme serveuses. Les réfractaires à cette phase de sensibilisation se verront appliquer des sanctions et peines privatives de liberté. La sensibilisation ne se limite pas aux tenancières de maquis et restauratrices. Elle s’étend aussi aux parents qui faute de moyens font entrer leurs filles dans le circuit des domestiques mineures.

Dans la fraîcheur de la nuit abidjanaise, les chartes et conventions internationales interdisant le travail des mineurs sont foulées aux pieds et ce sera encore le cas tant que ceux qui exploitent les enfants jouiront d’une certaine impunité.

SUY Kahofi

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À propos de Rédacteurs nousfemmes

Nousfemmes est un blog crée par SUY Kahofi, correspondant de presse et blogueur ivoirien. L'équipe de rédaction s'étoffe avec l'arrivée du journaliste d'Anderson Diédri, journaliste d'investigation.

Publié le juillet 28, 2014, dans DROIT DE FEMME, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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