Archives Mensuelles: février 2012

A 120 ans, la doyenne de la Côte d’Ivoire garde le regard vif

Yapi Ognonchi Marie Marthe

Officiellement, elle a 120 ans (selon ses papiers de baptême de l’Eglise catholique).  Mais officieusement, 130 ans, selon ses proches rencontrées le vendredi 16 septembre 2011 dans son village de Seguié, situé à environ 20 kilomètres d’Agboville (sud de la Côte d’Ivoire). Elle est mère de neuf enfants dont quatre sont en vie. Le plus âgé des enfants qui vit encore a 70 ans. Une de ses petites-filles a 59 ans. Elle a 70 arrières petits-enfants et 18 « arrières-arrières petits-enfants ». Yapi Ognonchi Marie Marthe, la plus que centenaire de Seguié est à elle seule une curiosité, une passion et une grâce de Dieu. Echanger avec elle, dès que nous avons eu l’information de son existence, à notre arrivée à Seguié, était devenue une sorte de drogue à laquelle nous voulions au plus vite goûter. Et nous n’avons pas eu tort ! Dès le seuil de la vieille demeure qui lui sert de maison, elle nous accueille aux alentours de 17 heures en nous sermonnant avec une autorité affectueuse sur notre retard.

Ce n’est pas du tout, une vieille grabataire que nous rencontrons mais, oh miracle du Seigneur une plus que centenaire qui tient encore sur ses frêles jambes qu’une canne aide à soutenir. Mieux Yapi Ognonchi, a toute ses facultés mentales. Elle nous rencontre l’histoire de son premier mariage qui n’a pas duré du fait des difficultés de santé de son premier amour et de son décès alors qu’elle a tenté le tout pour le tout. Ses déplacements  dans le village voisin de Boguié  puis à Adzopé pour sauver celui qui l’avait choisi en premier, certainement au début de l’année 1900. Elle se remariera à son décès et aura neuf enfants dont quatre hommes et cinq femmes. Le secret de sa longévité ? Elle croit que cela est dû à la grâce que Dieu lui a donné, à la protection de la Vierge Marie et à l’amour qu’elle s’est toujours efforcée de partager autour d’elle. “Dieu a toujours été auprès de moi. C’est lui qui me soutient. Je prie toujours la Vierge Marie. Elle entend mes prières. Je ne supporte pas voir les gens souffrir autour de moi. Déjà jeune fille, je partageais toujours le peu de nourriture que je pouvais avoir. Sur la route du champ, je préférais porter les bagages des grandes personnes plutôt que le mien. Que je revenais d’ailleurs chercher après. Peut-être que c’est pour tout cela que le Seigneur m’a béni’’, raconte-t-elle en riant mais avec beaucoup de sérieux tout de même. Pour elle, seul le respect des aînés et la foi en Dieu peut garantir une longévité semblable à la sienne. C’est aussi le principal conseil qu’elle donne aux jeunes. Même si elle envie ceux qui quittent  le monde maintenant.

« Je pense avoir suffisamment  vécu », lâche-t-elle l’air quelque peu amusé. D’ailleurs, il y a 10 ans, à sa demande, on a simulé l’organisation de ses funérailles dans son village de Seguié  pour célébrer ses 120 ans. En matière culinaire, Yapi Ognonchi Marie Marthe, dit ne pas avoir d’interdit. Elle mange tout ce qui est sain. Et affectionne surtout le foutou de banane mélangé au manioc.

CARE International forme des matrones à Bangolo

Un groupe de matrones

Les matrones de la Région de Bangolo dans l’ouest de la Côte d’Ivoire viennent de recevoir une formation pour une bonne prise en charge des accouchements. Il s’agit d’une initiative conjointe du district sanitaire de Bangolo et de l’ONG CARE International appuyé par l’Agence Canadienne de Développement International. Ces matrones sont d’origines diverses aussi bien par leur statut social que par leur niveau de connaissance mais elles partagent toutes une connaissance empirique de l’accouchement. Ce séminaire de deux jours avait pour objectif de rendre ces femmes plus utiles aux futures mamans et surtout de ne pas remplacer les professionnels de la santé en cas de difficultés liées à l’accouchement. « Les matrones au niveau de leurs localités respectives sont amenées à faire couramment des accouchements. On ne peut donc pas empêcher ces femmes d’exercer mais il faut qu’elles soient formées pour qu’elles puissent reconnaître les signes de danger liés à une complication de l’accouchement. L’objectif est de leur permettre de référer la femme en travail au centre de santé mais surtout d’éviter de réaliser les accouchements à domicile » nous explique Gbogbo Franck Lina superviseur du séminaire de formation à CARE International.

Ainsi ce projet a permis la formation de 20 matrones qui seront surtout de puissants relais de persuasion auprès de leurs autres consœurs. Docteur OBIO Mathias, Directeur Départemental de la Santé de Bangolo nous renseigne sur les grands axes de la formation durant ce séminaire. « Les matrones reconnaissent dans un premier temps les signes de gravité de la grossesse. Pourquoi une femme doit venir consulter à l’hôpital quand elle est enceinte ? A quel moment elle doit consulter ? Ce module était important car le plus souvent nous recevons très tard les femmes enceintes ! » affirme le Docteur OBIO Mathias. Pour les organisateurs de ce séminaire, cette formation ne doit pas être une formation de plus ou de trop qui n’aura aucun effet sur le terrain. Les matrones entendent appliquer cette formation à la lettre dans leurs activités de tous les jours en témoigne la satisfaction des femmes formées. « Je suis très heureuse parce qu’il y a beaucoup de choses que je ne connaissais pas à l’image des rouages de la consultation prénatale, les actes liés à la grossesse et qui sont indispensables pour la femme et l’enfant. J’ai aussi appris à reconnaitre des maladies comme le paludisme, l’anémie, la déformation de l’enfant pendant la grossesse…C’était pour moi une grande avancée car c’est la toute première fois que prend par à ce type de formation ! » se réjoui dame Khadiane. La réalisation de ce projet de renforcement des capacités des matrones est rendue possible grâce au financement de l’Agence Canadienne de Développement International.

SUY Kahofi

Gros plan sur Anouchka Wayoro, l’une des rares femmes web-designers en Côte d’Ivoire

Anouchka Wayoro web-designer

Dans la communauté ivoirienne du web, Anouchka Wayoro fait figure d’icône. Avec une plastique plantureuse à fait pâlir plus d’un et ses lunettes d’intello, elle ne passe d’ailleurs pas inaperçue dans un milieu fortement ‘’masculinisé’’. Et pour cause, elle est l’une des rares femmes webdesigners en Côte d’Ivoire. Pourtant rien ne la prédestinait à une telle fonction. En effet, partie en  en 2003 pour des études de psychologie (qu’elle a d’ailleurs terminée avec brio), Anouchka Wayoro se sent attirée par la magie de l’internet. Un monde attrayant et passionnant selon ses propres dires, qu’elle découvre par le biais d’un voisin de palier dans l’immeuble où elle habite. De fil en aiguille et transportée par une soif inextinguible d’apprendre les contours du web, Anouchka Wayoro se forme aux nouveaux métiers nés de la dynamique de la toile mondiale. Autodidacte à souhait, la psychologue apprend rapidement le Community management, le webdesign et la plate forme Joomla qu’elle maitrise et pratique avec beaucoup de dextérité.

A la question de savoir que fait-elle dans un monde phallocratique qui est celui du webdesigner ? Anouchka Wayoro répond avec beaucoup d’assurance. « Les femmes ont beaucoup de goût. Et il ne serait pas mal qu’elles apportent une touche féminine à ce métier de webdesigner. Et c’est ce que je tente de faire autant que je peux. » Mais au-delà  de son parcours atypique et de la particularité qu’elle représente aux yeux des observateurs du web ivoirien, en quoi consiste réellement le travail d’Anouchka Wayoro ? En en un mot qu’est ce qu’un webdesigner ? « Un webdesigner est une personne qui s’occupe de la conceptualisation de manière visuelle ce que l’entreprise a comme valeur (produit) par rapport à sa ligne éditoriale en consommation. En d’autres termes plus explicits, un webdesigner fabrique l’image de l’entreprise sur internet. », répond-t-elle. Si elle a du laisser la psychologie au détriment du webdesigner, c’est que ce métier doit nourrir son homme en Afrique et singulièrement en Côte d’Ivoire ? « Ce n’est pas si évident que ça », estime-t-elle tout en précisant « qu’on ne peut pas faire que ça ». « Quand vous facturez un client à 500.000 frs CFA, il crie au scandale. Alors qu’en France, la plus petite facture commence à partir de 800 euros (524.765 francs CFA). Donc si on veut compter sur ce domaine on risque de ne pas s’en sortir ». Et c’est pour mieux se prendre en charge qu’elle a fondé une entreprise en communication dénommée ABIGAIL COMMUNICATION.

La concubine privée de tous ses droits !

La violence est le quotidien de nombreuses femmes !

Elles sont nombreuses en Côte d’Ivoire ces femmes à qui des hommes ont fait miroiter monts et merveilles pour les appâter en vue de les attirer dans une vie de couple où il existait déjà une autre relation. Elles vivent depuis plusieurs années en concubinage une forme d’union que les lois Ivoiriennes ne reconnaissent pas. Privées de tous leurs droits elles vivent le calvaire à l’image d’Aïcha une jeune mère. Son homme moins âgé que la première concubine était soumis aux caprices de cette dernière. Résultats : la violence au quotidien malgré que la pauvre Aïcha attendait un enfant ! Par chance elle n’a vécu qu’une seule année de concubinage mais ce moment de sa vie fut marquée par l’angoisse, la tristesse et l’amertume. « Je vivais avec ce dernier qui avait déjà une copine : j’ignorais tout de cette relation. Il m’avait fait croire qu’ils avaient des problèmes et qu’ils envisageaient se séparer. Une fois que je suis arrivée chez lui j’ai constaté que ‘’l’autre’’ était toujours là ! Il me frappait, me maltraitait, il faisait des sorties nocturnes et quand je me plaignais il me battait. Il me demandait tout le temps de retourner chez moi » soutien Aïcha.

Aïcha n’a pas vraiment choisi cette vie. Son père trouvait qu’à 27 ans il était impératif pour elle de se trouver un homme. Enceinte, elle profite de sa grossesse pour s’incruster dans la vie de l’homme qu’elle croyait être le sien. Portant une grossesse presqu’à son terme et malmené par son homme elle décide de se tirer de cet enfer. Elle soutire la somme de 300.000 f CFA à son ‘’conjoint’’ et s’enfuit de la maison. « J’ai pris cet argent parce que je ne supportais plus de vivre sous le poids des coups et des bastonnades au quotidien. Il me demandait de retourner en famille et moi je lui demandais de me donner de l’argent pour que je puisse le quitter. Il n’a jamais voulu me donner quoi que ce soit et si j’ai pris cette somme de 300.000 c’est parce que je voulais surtout avoir quelque chose pour accoucher dans de bonnes conditions ! » nous explique la jeune femme. Aïcha part de la maison de son homme où elle n’avait aucun droit pour trouver refuge chez une amie mais sa cavale ne fut que de courte durée puisse que son homme décide de porter plainte dans un commissariat de Police. La convocation loin d’être au nom d’Aïcha est adressée à sa jeune camarade qui l’héberge : elle est accusée de complicité de vol ! Aïcha refusant de voir son amie payer pour son acte se rend à la Police. « J’ai confirmé à l’officier que j’avais bien pris la somme de 300.000 mais lorsque j’ai pris cet argent je l’ai informé. L’officier m’a tout simplement dit que c’est un vol. Mon ‘’conjoint’’ a aussitôt demandé que je sois mise en prison si je refusais de rendre son argent ! ». Aïcha passera 30 minutes avec sa grossesse de 7 mois derrière les barreaux, une éternité pour elle, le moment le plus triste de sa vie nous dira la jeune maman.

Son homme furieux débarque au poste de Police avec l’autre concubine : il retire sa plainte mais se désengage de la grossesse. Aïcha désormais toute seule utilisera les 300.000 f CFA pour ses soins médicaux jusqu’à l’accouchement. Jusqu’à ce jour sa petite fille n’a pas un extrait d’acte de naissance : le père refusant de s’occuper de sa progéniture. « Lorsque que j’ai accouché il m’a appelé un jour pour connaître le sexe de l’enfant. Depuis qu’il a su qu’il s’agissait d’une fille il ne m’a plus rappelé ! » nous confie Aïcha. Il nous dira par la suite qu’un ami de son ‘’conjoint’’ a tenté une médiation secrète pour que le père puisse reconnaître l’enfant. Aïcha s’oppose et soutient que si tout ce passe en cachette le père pourra tôt ou tard se désengager une nouvelle fois. Aïcha, à moins d’un sursaut d’orgueil de la part de son ex-conjoint ne pourra jamais saisir la justice pour obtenir une pension alimentaire pour sa fille. Sa petite fille n’ayant pas été reconnue par son père, sera aussi privé de tous ces droits. Le père d’Aïcha conscient d’avoir poussé sa fille à l’erreur en l’obligeant à vivre avec un homme a décidé de l’accueillir de nouveau sous son toit !

SUY Kahofi

La beauté chez les Goh, peuple de l’ouest montagneux Ivoirien

Beauté féminine en pays Goh

Les sages du village de Zagoué, département de Man dans la région du Tonpki, sont formels. Le peuple Goh dont ils sont la principale tribu est originaire de Touba, dans la région voisine du Bafing. Même s’ils ont du mal à situer l’époque de l’immigration de leur ancêtre, Gué Bla, vers ces nouvelles terres, ils racontent tous que ce dernier est venu du village Mahou de Golé. Grand guerrier, il a été sollicité à une certaine époque par la famille Touré vivant sur les terres actuelles de Zagoué à l’effet de combattre l’ennemi Guéré qui tentait de récupérer l’espace vital du groupe.

Le peuplement de Zagoué

A la fin des hostilités qu’ils ont remportées, les hôtes invitent leur allié et vaillant guerrier Gué Bla et ses combattants à rester sur place. Deux tribus Dan (Yacoubas), les  Sanh et Kah se joindront par la suite aux nouveaux venus pour former avec les Touré le peuple Goh. Les Goh sont à Zagoué mais se retrouvent aussi dans d’autres petits villages du département de Man, notamment à Blolé. Le patriarche Gué Bla, par son ardeur au combat, sa volonté de fonder une tribu unie et prospère aura fortement marqué l’histoire des Goh. Ses descendants racontent avec fierté qu’il était invulnérable au combat, pouvant même se payer le luxe d’entrer et sortir indemne du feu. La langue Goh est un argot Dan qui emprunte au Mahou et au Toura. C’est le fruit de la volonté de ce peuple d’éviter de se faire comprendre par ces différents voisins, potentiels adversaires de guerre. Il s’est forgé en pleine guerre contre l’envahisseur Guéré. Malgré ce passé teinté de méfiance et de conflits divers, les Goh sont un peuple hospitalier. Le nom de son village-référence  (Zagoué, sur le rocher de jeu) est une invitation à la bonne entente, la bonne humeur et la cohésion sociale. Les étrangers y sont chez eux. Dès qu’un visiteur arrive à Zagoué, il est systématiquement logé soit chez ceux qu’il est venu voir soit chez une famille d’accueil selon qu’il connaît ou ne connaît personne dans le village. On lui offre à boire et les nouvelles lui sont demandées. L’élan de modernité qui s’est emparé de la Côte d’Ivoire n’a pas épargné les Goh dont les traditions s’effritent inexorablement. Il est toutefois bon de rappeler que chez ce peuple, les rites initiatiques sont importants. Ainsi, les jeunes sont formés et socialisés à la faveur d’un séjour initiatique dans le bois sacré.

Des canons et artifices de beauté hors du commun…

C’est à cette étape de la vie que le plus bel homme et la plus belle femme commencent à se distinguer. Chez les jeunes hommes, le premier et le plus grand critère de beauté, ce sont les mollets. Avec des mollets forts, l’on perçoit rapidement en la jeune pousse un futur grand guerrier ou tout simplement un travailleur acharné dans les travaux champêtres. Cet atout séduit chez les Goh et caractérise le plus bel homme. Chez la jeune fille, les traits fins du visage sont retenus, de même que l’allure générale. Mais l’aspect déterminant pour distinguer la plus belle jeune fille, c’est son ardeur au travail notamment aux côtés sa génitrice. En effet, est considérée comme belle et donc convoitée par tous les hommes, la fille qui aide sa mère aux travaux champêtres et au cours de tous les travaux domestiques : aller au champ, aller au marigot, tenir la maison, etc.… Cependant, à l’instar des femmes du monde, la femme Goh a ses petites astuces de beauté. Ainsi la poudre du charbon de bois lui sert le plus souvent pour relever l’éclat de ses yeux. Les brèches dans la dentition étant prisées chez ce peuple, certaines jeunes filles n’hésitent pas un seul instant à se tailler les dents en vue d’obtenir ce sourire ravageur qui fait craquer tant d’hommes. Sans aller jusqu’au tatouage, des scarifications sont faites sur certaines parties du corps, notamment les joues, les bras, la poitrine et le dos. Badigeonnées à l’huile de palme ou plus récemment au beurre de karité, ces parties visibles sont mises en exergue au cours des grands rassemblements pour attirer les regards sur la fille. Ici, la coiffure en vogue est le « Gbêsseu ». C’est une natte traditionnelle qui a la particularité de faire tomber les cheveux du côté des deux oreilles, donnant l’allure de cornes. Certains artifices sont souvent ajoutés pour marquer la différence. Cela va d’une tige d’arbre à une petite barre métallique, selon les moyens de la fille.

A côté du Gbêsseu, on peut citer le « gôbô », une espèce de chignon, les cornes étant dirigées cette fois vers la nuque.  «  C’était les vraies coiffures de l’époque de nos anciens. Elles ne sont plus très à la mode aujourd’hui. Seules quelques unes de nos mamans qui ont connu le plaisir de porter ces tresses les arborent encore de nos jours », explique le chef du village de Gbêpleu, Guéi Bamba. Les femmes de la tribu Goh entretiennent leurs cheveux avec deux plantes principales dont nous n’avons pas pu obtenir les noms scientifiques. Il s’agit du « dewaden » et du « létineulê ». Les feuilles de la  première sont écrasées avec de l’eau. La pâte obtenue est utilisée pour améliorer la chevelure. Les femmes ont régulièrement recours à cette plante pour voir leurs cheveux pousser rapidement. Les Goh attribuent des vertus médicinales au létineulê. Les feuilles écrasées sont utilisées en shampoing. Au bout de quelques minutes, teigne, poux et autres pellicules ne sont que de lointains souvenirs. Le recours à ces plantes était systématique pour les jeunes filles de l’époque qui voulaient être dans l’air du temps.

La mode, une autre histoire de métissage…

Mahous à l’origine, Dan par mariage intra communautaire, les Goh n’échappent pas au style vestimentaire de leurs deux souches. Pour les grandes cérémonies, les  hommes sont généralement vêtus de boubous (Gbahou) tissés de fils de coton et les femmes de pagnes de la même matière ou  Zagouéné (de Zagoué).  A ces occasions, les jeunes portent des culottes et des chemisettes de coton. Pour marquer la différence d’âge, outre les jeunes en culottes, les adultes portent le grand boubou gbahou appelé ici Gbanneu. Ils laissent ainsi le soin aux plus anciens de porter le Faké. C’est un boubou plus lourd, plus ample et plus prestigieux. Il impose respect chez les Goh. Chez la femme, le zagouéné n’est pas cousu. Il est simplement attaché par la femme dont le corps est mis en exergue par d’autres artifices de beauté. Enfin, il faut signaler que les Goh ne portent pas de chaussures. En tout cas, pas dans l’ancien temps. Les rares chaussures de la vieille époque sont en bois. On parle de chaussures de bois. Elles sont l’apanage des grands chefs. Les autres Goh se déplacent donc les pieds dénudés.

Enfin, il faut retenir que les métaux précieux sont totalement absents dans la culture Goh. Ni or, ni diamant ni autre métal précieux ne sont perceptibles dans l’accoutrement de ce peuple. Comme ornement, les chefs se déplacent avec des cannes en bois joliment taillé ou avec une épée en fer. Confinés sur une toute petite portion du territoire de la région des Montagnes (désormais dénommée région du Tonkpi), entre Biankouma et Man, les Goh, ni Dan ni Toura, revendiquent leur authenticité. Une identité bien mise à mal par l’audience nationale de leurs voisins mais surtout par les nouvelles valeurs qui écrasent lentement mais sûrement  celles des ancêtres.

Gratuité de l’accouchement et de la césarienne en Côte d’Ivoire

Réduire la mortalité maternelle par la gratuité des soins

La nouvelle est tombée lors du Conseil des Ministres du mercredi 15 février 2012. Les autorités Ivoiriennes viennent de rendre gratuit l’accouchement et la césarienne pour toutes les femmes de Côte d’Ivoire. Sur présentation du Ministre de la Santé et de la lutte contre le SIDA, le Président de la république a signé un décret portant exemption du paiement des prestations et des actes en rapport avec l’accouchement par voie basse et la césarienne dans les établissements sanitaires publics, pour les populations démunies et les non assujettis sociaux. La prise de ce décret se justifie par le niveau élevé de la mortalité maternelle et l’injustice sociale que constitue le décès d’une femme au cours de la grossesse ou de l’accouchement. Le coût de cette mesure d’exemption de paiement est estimé à 17 milliards de FCFA pour l’année 2012 et à 87 milliards de FCFA pour les quatre (4) prochaines années.

Cette mesure réjouit plus d’un Ivoirien et surtout les Ivoiriennes qui voient en la signature de ce décret un nombre plus importants de femmes qui seront sauvées lors de l’accouchement. La signature de ce décret est aussi l’aboutissement d’un long combat des ONG de promotion des droits de la femme telles que CEFCI, AIDF ou l’OFACI qui n’ont cessé d’interpeller les autorités Ivoiriennes sur la nécessité de rendre gratuit l’accouchement et la césarienne en Côte d’Ivoire. La joie affichée par les uns et les autres ne cachent pourtant pas les inquiétudes. Les récentes mesures de gratuité des soins ont conduit à des abus dans certaines formations sanitaires et les Ivoiriennes en garde un mauvais souvenir. « Je suis heureuse de cette décision du gouvernement mais je suis aussi inquiète. Vous savez la première opération de gratuité des soins nous a permis de voir jusqu’où certains médecins étaient capables d’aller pour faire payer les malades. Ils ont inventé toutes sortes de charges étranges pour nous faire payer et je me demande s’ils ne feront pas la même chose avec la gratuité pour les accouchements ? » s’interroge inquiète Botti Lou Madeleine commerçante. Koffi Brigitte partage les inquiétudes de Madeleine. « Il y a de quoi avoir une joie mesurée ! Dans un pays où la corruption est reine il est difficile que les praticiens acceptent de donner aussi facilement dans la gratuité là où ils avaient l’habitude d’empocher des sommes très importantes entre 350.000 et 600.000 pour la césarienne ! Il faut aussi souligner le fait que même avec l’argent la négligence a conduit à la mort de nombreuses femmes ou à des fistules pour les plus chanceuses ! ». Pour de nombreuses Ivoiriennes il faut attendre pour voir ce que sera la mesure dans les faits !

Il est clair que la mesure de gratuité de l’accouchement est une excellente nouvelle pour les femmes mais elle l’est aussi pour les hommes. « Il ne faut oublier qu’au-delà de toute chose c’est nous qui portons la main à la poche pour les soins médicaux de la famille. Je pense que cette mesure nous soulage mais comme tous les Ivoiriens je me méfie. Le gouvernement veut le meilleur pour la population Ivoirienne mais la question est de savoir si les praticiens vont appliquer cette décision ? » se demande Mr Coulibaly enseignant. Pour Calixte K. il ne faut pas juger les praticiens mais leur donner le temps de montrer leur bonne foi. « C’est vrai qu’on peut être inquiet mais je crois qu’il faut laisser le temps aux professionnels de la santé d’appliquer la décision. Si certains refusent de le faire les autorités prendront les mesures disciplinaires qui s’impose » souligne le jeune homme. Si à l’unanimité les Ivoiriens saluent la gratuité de l’accouchement et de la césarienne ils estiment qu’il faut des mécanismes de suivi pour que les praticiens puissent appliquer ce décret à la lettre.

SUY Kahofi

Duékoué s’engage dans l’éradication des VBG

Femmes en campagne contre les VBG

La localité de Duékoué a été le théâtre de violences inimaginables à l’égard des femmes lors de la récente crise post-électorale que la Côte d’Ivoire a connue. Pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, les ONG ont eu le courage d’annoncer que le viol a été utilisé comme arme de guerre contre des femmes mais également des petites filles ! Lorsque ces dernières ont échappé à la mort qui couronne ces viols, elles doivent vivre avec des séquelles psychologiques qui sont difficiles à effacer. C’est pour apporter un soutien aux femmes victimes et surtout aider à leur prise en charge que l’ONG Bonnes Actions a décidé de renforcer les capacités d’une vingtaine de personnes pour une meilleure action contre les Violences Basées sur le Genre (VBG). Il s’agit principalement de leaders communautaires qui ont été formé avec le soutien d’IRC (International Rescue Committee).

Sur les raisons premières de l’organisation de cette formation voici les explications de Toua Bi Kalou Célestin le coordonnateur du projet au sein de l’ONG Bonnes Actions. « Cette formation qui est faite sur les Violences Basées sur le Genre (VBG) est utile car les VBG sont récurrentes dans notre région. N’oublions pas que le viol a été utilisé comme arme de guerre pendant les conflits ! Il nous revenait de droit en temps qu’acteur de la société civile de réunir nos frères et sœurs leaders communautaires pour qu’ensemble nous puissions trouver des solutions pour l’éradication des VBG ». Plusieurs thèmes ont meublé cette formation et ont été le socle d’échange entre les participants. « Nous avons mis un accent particulier sur les généralités parce qu’apparemment les VBG sont encore méconnues des populations locales en particulier les leaders communautaires. Nous avons aussi échangé sur le thème le rôle des leaders communautaires dans la lutte parce que souvent ces derniers constituent un frein dans la prise en charge des VBG. Nous avons donc voulu les sensibiliser surtout sur leur rôle pour qu’ils puissent éviter de faire obstacle lorsque nous nous saisissons de cas de VBG et que nous tentons d’y trouver une solution » nous explique Doukouré Mamadou formateur.

Cette initiative de l’ONG Bonnes Actions et de son partenaire International Rescue Committee est appréciée à sa juste valeur par les apprenants. « Nous avons été instruit sur le danger que constitue les VBG et nous nous engageons à appliquer à la lettre les recommandations de cette formation pour éradiquer les VBG dans nos communautés respectives. Nous insistons auprès des ONG pour que ce type de formation puissent se prolonger dans le temps » affirme Oulaï Gueu Bernard leader communautaire. Méanmin Léa a été victime de VBG et pour elle la mission sera surtout de partager son expérience avec d’autres victimes et de les aider dans la prise en charge psychologique. « Il y a de nombreuses femmes dans les campements et les hameaux qui ont été victimes des VBG comme moi et ma formation pourra les aider. Au-delà, cette formation m’a donnée le courage de vivre de nouveau après le traumatisme que j’ai vécu et c’est aujourd’hui la chose la plus importante pour moi car j’étais réellement abattu et déboussolé ! ».

A la fin de la formation, Bi Kalou Célestin le coordonnateur du projet au sein de l’ONG Bonnes Actions a insisté auprès des leaders communautaires et des victimes pour qu’ils puissent avoir en tout temps le réflexe de dénoncer aux autorités compétentes tous les cas de Violences Basées sur le Genre.

SUY Kahofi

Déclaration de l’OFACI à l’occasion de la journée internationale contre les mutilations génitales féminines

Les mutilations génitales menacent la vie de nombreuses femmes à travers le monde

Le 11 juillet 2003, à l’occasion du sommet de Maputo en Mozambique, 53 Etats de l’union africaine montrent leur volonté de faire face aux différentes discriminations basées sur le genre, par la prise en compte dans leur modèle de gouvernance des droits de la femme. Cette volonté manifeste s’est traduite par l’adoption du  Protocole à la Charte africaine des Droits Humains et des Peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, mieux connu sous l’appellation de Protocole de Maputo. Depuis cette date, de nombreux efforts ont été fait dans ce sens, cependant  beaucoup reste à faire au vu  malheureusement  de la persistance de telles pratiques notamment en Afrique,  en Asie et en Europe en raison du flux migratoire.  Cette année, le thème retenu par la communauté internationale « Tolérance zéro Excision ou Mutilations Génitales Féminines » confirme de fait le combat que l’on se doit de mener pour l’éradication définitive  de ce fléau.

Cette  éradication est d’autant plus urgente  que selon les Nations Unies, les mutilations génitales et plus précisément l’excision touchent entre 100 et 140 millions de filles et de femmes à travers le monde et environ 3 millions courent ce risque chaque année. En Côte d’ivoire près de 36 %  des femmes sont excisées selon le ministère de la famille, de la femme et de l’enfant. Au vu des conséquences négatives enregistrées sur tous le territoire ivoirien, la prise de conscience de l’importance de ce fléau, contribuera le plus tôt possible au respect de la loi 98/757 du 23 décembre 1998, interdisant la pratique de l’excision en Côte d’Ivoire. En effet, il faut noter que :

  • Les Mutilations génitales féminines violent les droits des femmes

La pratique des   mutilations génitales féminines est une violation des droits des femmes car elle contribue à la position inégale des femmes dans la société et à la discrimination dont elles font l’objet. Ces mutilations visent dans leur finalité à exercer un   contrôle sur  la sexualité des femmes d’une part  et d’autre part à renforcer les stéréotypes qui dénigrent la position des femmes dans la société.

  • Les Mutilations génitales féminines  constituent une torture et un    traitement cruel, inhumain et dégradant

Les mutilations génitales, outre qu’elles constituent une atteinte aux droits fondamentaux des femmes et un obstacle à l’exercice de leurs libertés, empêchent les femmes de se réaliser et de participer pleinement à la vie de la société, en raison de leurs conséquences douloureuses à court et long terme sur la santé.

  • Les  Mutilations génitales féminines  violent le droit à la santé

Les femmes et les filles ayant subi des mutilations  sont exposées à des conséquences à court et long terme sur leur  santé physique, psychologique, sexuelle et reproductive. Or les femmes comme toutes personnes ont le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mental susceptible d’être atteint, de même que du droit  d’exercer le contrôle sur leur santé et leur corps. Les conséquences sur la santé sont d’autant plus importantes qu’elles concernent les capacités de reproduction.

  • Les   Mutilations génitales féminines  violent les droits de l’enfant et plus précisément ceux de la petite fille

Les mutilations génitales constituent  en effet une atteinte à l’épanouissement physique, psychologique et même sociale de la femme et de la petite fille. En effet toute violence physique à l’égard des femmes influe sur la santé et le  bien-être. Le  coût humain de telles pratiques, s’élève à des milliers de morts chaque année dont plus de la moitié sont des petites filles.

Au vu de ce qui précède, L’OFACI en tant qu’organisation qui milite en faveur des droits de la femme propose  pour une  prohibition définitive de toutes les formes de mutilations génitales, que celles-ci soient envisagées en tant que  véritable problème de santé publique. De cette manière elles passeront comme priorité dans les programmes de santé publique au même titre que la lutte contre le VIH / SIDA et le paludisme. Aussi, l’OFACI recommande t-elle :

En amont :

  • La multiplication  des campagnes de sensibilisations dans les régions et zones réputées à risque,
  • La sensibilisation des acteurs religieux  pour la promotion et l’abandon de la pratique de l’excision,
  • La reconversion assistée des matronnes en vue de leur offrir  d’autres formes de revenus,
  • La protection des victimes potentielles et leur sensibilisation sur les risques encourus.

En aval :

  • L’encouragement à la dénonciation anonyme des coupables,
  • Le renforcement   des sanctions sur les coupables par l’adoption de lois plus coercitives,
  • Le soutien  médical,  psychologique et financier des victimes de mutilation génitale.

Fait à Abidjan le 07 février 2012

La Présidente Nationale SANGARE Namizata