La série ‘’C’’ n’est pas un dépotoir pour femmes incapables

« Quand on n’aime pas quelque chose on ne le fait pas ! »

En Côte d’Ivoire quand une jeune fille n’a pas pu réussir à l’école ces parents la prédestinent le plus souvent pour la coiffure ou la couture. Il n’est donc pas surprenant de voir dans cet univers passionnées et filles obligées par la famille se côtoyer avec des moments de tension.

Professions dévalorisées ?

« En classe de 3ème à la suite d’une grossesse contractée en pleine année scolaire mes parents m’ont obligé à faire le difficile choix entre garder l’enfant et arrêter les cours ou m’en ‘’débarrasser’’ et continuer. Adolescente je considérais cet enfant comme le fruit d’un Grand amour. J’ai gardé l’enfant et pour me prendre en charge mes parents m’ont trouvé un atelier où j’ai appris la couture sur le tas ». Comme Nikèse de nombreuses jeunes filles qui sont aujourd’hui accoudées à leurs machines à coudre dans les ateliers sont des filles venues à la couture par nécessité. Les difficultés de la vie et les erreurs de jeunesses pour certaines les ont obligés à se rabattre sur ce métier. On pourrait dire que c’est au fil du temps que l’amour de confectionner des habits est arrivé. A analyser de prêt la couture comme la coiffure sont des professions comme les autres et il n’y a aucune honte à les pratiquer puisse qu’elles rapportent de l’argent. En Côte d’Ivoire malheureusement, ces professions passent pour être le point chute des femmes incapables. Cette mentalité est tellement ancrée dans la mémoire collective que le célèbre groupe de zouglou ivoirien Espoir 2000 en a fait un hymne. Dans cette chanson très appréciée dans les maquis, la femme ivoirienne dépeinte comme un être vivant au crochet des hommes et ne sachant rien faire de ces dix doigts est bonne pour la coiffure et la couture. C’est d’ailleurs a ce groupe qu’on doit l’expression série C ! Pour la catégorie des couturières et coiffeuses venues à ces métiers par amour c’est le comble de l’injure. « Quand une jeune fille se prostitue les hommes sont les premiers à se plaindre. La société la rejette et elle devient le contre exemple parfait pour sa communauté. Si cette même s’adonne à la coiffure ou à la couture on trouve encore que c’est parce qu’elle ne veut rien faire qu’elle choisit ces métiers. Alors dite-moi à quoi se prédestine une femme ? A la cuisine ? A faire des enfants ? » s’interroge Kouassi Antoinette la coiffeuse du marché de Treichville fière de 12 ans d’ancienneté. En plus des préjugés liés à la coiffure et la couture, Antoinette est convaincue que si ces métiers ne sont pas respecté c’est aussi en parti la faute de celles qui les pratiquent. « Quand dans un atelier l’apprenti à le courage de dire à son patron ou sa patronne ‘’c’est parce que je n’ai pas pu poursuivre mes études que je suis ici’’ ! Entendre une petite fille vous dire ça c’est difficile à supporter surtout quand vous êtes à la coiffure par amour ».

Revaloriser la coiffure et la couture

Plaikaissi Jether est élève Centre de Formation Michelle Yakice d’Abidjan, une école de couture officiellement reconnue par les autorités Ivoiriennes. Depuis sa tendre enfance elle rêvait d’habiller les mannequins sur le T. Elle ne vit que pour la couture et de ces premières poupées qu’elle habillait toute petite à ce jour c’est son rêve qui se concrétise chaque jour. A voir le sérieux des cours de son école et sa manière d’accorder de l’importance à tout ce qui touche à la mode, on comprend qu’elle veut montrer à tous ceux qui minimise la couture qu’ils ont tord. « La couture est un métier noble et je refuse que certains pensent que se sont les ratés qui y viennent ! Dites moi si dans ce pays les grands couturiers ont quelque chose à envier aux autres chefs d’entreprises ? » me demande Jether. Elle a bien raison de me poser cette question car c’est sûr que le carnet d’adresse d’Alphadi, Pathéo, Nicole Bouabré, Ciss Saint Moïse et les autres grands couturiers d’Abidjan sont tout aussi fournis que celui de n’importe quel autre homme d’affaire. Leurs noms sont devenus de véritables marques déposées et des sésames dans le pays. Quand on décide de faire la coiffure et de la couture pour s’en sortir et surtout par amour, on est récompensé et c’est ce que soutien Gilles Touré, couturier de renom Ivoirien. « Il faut arrêter de penser qu’on vient aux métiers de la mode par nécessité et pour cela il faut que les mentalités changent en commençant par les parents qui doivent faire l’effort de demander à leurs filles ce qu’elles veulent faire au lieu de les contraindre à accepter un métier qu’elles n’aiment pas ». Il faut donc revaloriser les métiers de la mode mais comment le faire pour que les femmes qui les pratiquent ne soit pas mal vu ; N’dri Benjamin, chef d’atelier dans un magasin de confection pense avoir des pistes de solution. « Aujourd’hui quand vous prenez les chambres d’artisanat et même de commerce, les coiffeuses et les couturières occupent une place importante. Aussi pour aider nos sœurs qui sont des piliers de la société, il faut des fonds d’aide et de promotion pour les femmes. Elles doivent avoir les moyens d’équiper leurs salons et leurs ateliers. A côté de cela penser à vraiment accompagner les centres de formation en acceptant les diplômes d’Etat. A ce jour en Côte d’Ivoire, seul le CAP couture est officiellement reconnu or nous avons des patrons qui ont des centres capables de former au BTS ».

SUY Kahofi

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À propos de Rédacteurs nousfemmes

Nousfemmes est un blog crée par SUY Kahofi, correspondant de presse et blogueur ivoirien. L'équipe de rédaction s'étoffe avec l'arrivée du journaliste d'Anderson Diédri, journaliste d'investigation.

Publié le août 26, 2011, dans ACTIVITES DE FEMME, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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