Les femmes doivent avancer sans obligatoirement se mettre nu

Lutter ensemble contre les violences faites aux femmes

« Les femmes ont toujours le dessus à cause de leurs dessous » dit le proverbe Ivoirien de la rue ! Ce dicton traduit très bien la réalité du droit de cuissage en Côte d’Ivoire et le présente comme le sésame de la jeune fille désireuse de réussir dans la vie.

Un fléau visible à tous les niveaux

Le droit de cuissage trouve son essence depuis l’époque féodale où les seigneurs médiévaux, en monarque absolu de droit divin, se réservaient le privilège de passer la première nuit de noce avec l’épouse de l’un de leurs subordonnés. De cette définition il ne reste plus vraiment grande chose dans la forme mais dans le fond le droit de cuissage n’a rien perdu en plein 21ème siècle de son caractère ‘’prendre de force’’ ou ‘’s’approprier selon une règle non écrite’’. Aujourd’hui encore les femmes sont au cœur de cette pratique complètement banalisée par la société et qui pourtant les déshumanise. Ce fléau est visible à tous les niveaux de l’évolution de la femme et pour Docteur Kane-Kone, femme leader, « il ne faut pas voir le droit de cuissage en premier lieu comme l’ennemi de la femme entreprenante mais plutôt comme l’ennemi de la femme tout court ». Ayant menée des études dans les milieux scolaires avec le soutien de plusieurs ONG elle nous explique qu’il serait bien difficile de trouver aujourd’hui une femme qui dans son parcours n’a pas eu de propositions indécentes. La preuve, déjà dans des écoles primaires et secondaires, des jeunes filles et même des fillettes ont avoué avoir déjà eu des rapports avec des enseignants. « Je dois vous avouer que nos enfants parlent de sexualité avec une aisance qui vous surprend le plus souvent. Dans les milieux scolaires il nous a été donné d’entendre l’expression NST pour Notes Sexuellement Transmissibles. La fille doit coucher avec le professeur si elle veut de bonnes notes. Celles qui refusent subissent la colère du professeur qui si l’on s’en tient à la définition de base du droit de cuissage est ici ‘’le seigneur’’ de la classe » déclare Docteur Koné. Une fois le cap de l’école passé et pour celles qui peuvent décrocher au final leurs diplômes sans se compromettre, il y a l’entrée dans l’univers du travail. Là aussi le ‘’jupon tombé’’ semble être le sésame de la femme. Pour avoir un stage il faut batailler fort auprès du Directeur des Ressources Humaines. Si la jeune fille cède à ses avances elle devra à l’avenir s’acquitter d’une autre dette pour intégrer l’entreprise : devenir la maitresse du Directeur Général. A ce rythme il est fort probable qu’une femme dans une entreprise devienne la ‘’couchette’’ de tous ses supérieurs ! Il en est de même pour les concours, les examens de fin d’année, la validation des thèses…Là où les hommes ont une parcelle de pouvoir, il exige une contrepartie pour aider la femme à avancer.

« Difficile mais pas impossible de lutter contre ce fléau »
Le droit de cuissage un fléau contre lequel les autorités luttent depuis plusieurs années mais il continue d’être la monnaie officielle dans les milieux de l’éducation notamment, de l’emploi et des affaires. « En tant que femme je trouve que cette pratique est dégradante » affirme Elisabeth Kouadio cadre dans une entreprise informatique. « Nous avons nos diplômes, notre savoir et nous devons avoir à ce titre les mêmes chances que les hommes sans être obligé de nous mettre nu devant nos patrons. Les mentalités doivent évoluer ! » Oui les mentalités doivent évoluer aussi bien chez les hommes que chez la femme. « A mes sœurs je voudrais tout simplement dire d’éviter de provoquer les hommes. Nous savons déjà qu’ils n’attendent que ‘’ça’’ ! Alors soyons forte et acceptons de dire non pour qu’ils nous respectent encore plus. Quand ils trouveront en face d’eux des femmes dignes qui refusent cette pratique ils vont arrêter de nous tripoter » affirme Lou Christine secrétaire. Dire non c’est possible mais difficile et Docteur Koné nous explique pourquoi. « Aucune femme n’a envie de payer ce droit de cuissage pour avancer mais le plus souvent elles se retrouvent dos au mur. Quand vous venez d’un milieu social défavorisé, quand vous êtes une fille démunie, quand vos parents n’ont rien et que quelqu’un vous fait une proposition alléchante quand bien même déplacés pour vous tirer de vos problèmes, il est souvent difficile de dire non ». Alors pour mettre fin au droit de cuissage et au harcèlement sexuel de façon générale, la société dans son entièreté doit s’engager et cela passe avant tout par des étapes indispensables. Docteur Koné nous livre son plan pour bouter ce fléau hors de la société Ivoirienne. « La première étape passe par l’éducation de la jeune fille. Depuis l’école elle doit comprendre que tout s’obtient par le travail et non par le droit de cuissage. Elle doit apprendre à mieux s’habiller pour ne pas aiguiser l’appétit sexuel des ses professeurs et du personnel enseignant. Le professeur doit lui aussi être un exemple pour la jeune fille : il doit donner un sens aux valeurs qu’il enseigne en se comportant bien. Le personnel d’encadrement doit éviter de prendre fait et cause pour l’enseignant en cas de litige mais plutôt créer un cadre d’écoute pour les filles victimes de harcèlement ». L’école étant le microcosme de la société, il est clair qu’une jeune fille bien éduquée à la base est une femme forte demain. Bien sûr l’autorité se réserve le droit de punir les brebis galeuses. De lourdes peines d’emprisonnement sont prévues pour ceux qui continuent de harceler les jeunes filles et même de les violenter.

SUY Kahofi

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À propos de Rédacteurs nousfemmes

Nousfemmes est un blog crée par SUY Kahofi, correspondant de presse et blogueur ivoirien. L'équipe de rédaction s'étoffe avec l'arrivée du journaliste d'Anderson Diédri, journaliste d'investigation.

Publié le août 2, 2011, dans DROIT DE FEMME. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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